La cour des myrtes et le salon des ambassadeurs






La cour des myrtes et le salon des ambassadeurs forment à l'Alhambra un ensemble dédié aux auditions avec l'émir.

Ils forment deux espaces bien distincts mais complémentaires qui participent à une mise en scène étonnante et sophistiquée.

La cour des myrtes est une grande cour (bien souvent reproduite et très connue) agrémentée d'un bassin.

Les visiteurs attendaient dans cette cour l'entretien avec l'émir. Le salon des ambassadeurs se tient au fond.


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La cour des myrtes.


Un aspect important est la présence d'un bassin et de murs blancs en plein air qui avaient pour but d'aveugler et d'éblouir les visiteurs (que l'on faisait attendre en plein soleil).

Après avoir traversé la cour, ils entraient ensuite dans le salon des ambassadeurs et se retrouvaient subitement dans cette salle très sombre, où, la pupille rétrécit par l'éblouissement précédent, ils se retrouvaient subitement dans le noir.

Pour mieux perturber leur sens, la salle était parfumée à l'extrême avec des jeux de lumières colorées (dus à des vitraux). Les visiteurs reprenaient très lentement leur sens, mais c'était pour mieux retomber progressivement dans une autre ivresse car la magnificence de la pièce était poussée à l'extrême : les murs étaient immensemment hauts, entièrement couverts de calligraphie et de décoration, des éléments de décors en bronze et en ivoire, des tapis précieux...


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Décoration sur les murs de la salle des ambassadeurs (détail).


Les visiteurs prenaient également conscience que face à eux, se trouvaient trois alcôves.


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Les trois alcôves.


L'émir se tenait assis dans l'alcôve centrale; à contre-jour pour magnifier sa puissance.

Les côtés de l'alcôve centrale étaient largement décorés avec, en particulier, un poème (de type tawil, rime en "si") qui célèbre la grandeur de l'émir. En voici les photos :


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Le poème dans l'alcôve de l'émir.

Ce poème personnifie l'alcôve et sa traduction est la suivante (des commentaires insérés dans le texte sont entre crochet []) :

Les premiers vers sont des souhaits à l'émir :
Depuis moi [l'alcôve centrale], jour et nuit te saluent.
Bouches de
[ = Te présentent] souhaits, fortune, félicité et amabilité.
Vient ensuite une description du salon des ambassadeurs, la coupole du salon étant comparée à la voute céleste, l'émir étant le soleil et la gloire :
Elle [la coupole] est la coupole suprême et nous [les alcôves] ses filles.
Mais la faveur et la gloire en mon être me distinguent
[moi, l'alcôve centrale je suis distinguée par la présence de l'émir].
Nul doute : parmi tous les membres, je
[l'alcôve centrale] suis le coeur.
Si mes soeurs
[les autres alcôves] sont des constellations en son ciel [la coupole].
En moi
[l'alcôve centrale], et non en elles, revient l'honneur du soleil [de l'émir].
Les vers suivants sont en mémoire du souverain ayant ordonné la construction de l'alcôve :
Mon seigneur Youssouf, le soutenu par Dieu, m'a vêtu
de robes d'honneur de délicate distinction.
Puis vient une conclusion sur l'alcôve :
Et ma converti [moi l'alcôve] en trône du royaume
dont la grandeur est portée par la Lumière, le Siège et le Trône.
Le salon des ambassadeurs portaient également de nombreuses inscriptions à valeur de conjuration ayant pour but de protéger l'émir. Par exemple, à l'entrée du salon des ambassadeurs se trouvent deux niches sur l'arc de la voute d'entrée et voici l'une d'entre elle :


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Niche dans l'arc de la voute d'entrée du salon des ambassadeurs.


Un vase rempli d'eau se trouvait habituellement à l'intérieur de la niche. L'inscription la plus interne (les deux bandeaux verticaux et l'horizontal) est une protection à demander pour l'émir Youssouf :
Louage à Dieu l'Unique.
Je protège Youssouf contre le mauvais oeil avec cinq phrases
[ = en répétant cinq fois].
"Dis : je cherche protection auprès du seigneur de l'aube"
[Coran 113, 1].
Grâce à Dieu.
Je protège Youssouf contre le mauvais oeil avec cinq phrases.
"Dis : je cherche protection auprès du seigneur de l'aube".
La puissance est de Dieu.



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